« On va manger la socane » : souvenir d’enfance et tradition des Monts du Lyonnais
Il suffit parfois d’une simple expression pour faire ressurgir tout un pan de notre enfance et des traditions locales oubliées. À elle seule, cette expression du parler lyonnais me ramène des dizaines d’années en arrière. Je revois la cuisine fraîche de mes grands-parents, les volets entrouverts, et le silence des après-midi d’été seulement troublé par les grillons.
Cet été, avec les fortes chaleurs et les épisodes de canicule, je me suis surprise à repenser à une phrase que me disait souvent ma grand-mère paternelle lorsque je passais les vacances chez mes grands-parents, dans les Monts du Lyonnais.
« Viens, on va manger la socane ! »
Qu’est-ce que la socane ? Une tradition culinaire des Monts du Lyonnais
La socane est une ancienne préparation traditionnelle des campagnes lyonnaises, et plus particulièrement des Monts du Lyonnais.
À l’origine, il s’agissait d’un repas très simple et économique :
- du pain de campagne, souvent rassis,
- coupé en morceaux,
- trempé dans du vin rouge légèrement sucré,
- parfois allongé d’un peu d’eau.
Ce plat rustique était très répandu dans les fermes jusqu’au milieu du XXᵉ siècle. Les ouvriers agricoles le consommaient notamment pendant les travaux des champs, comme les foins, car il était nourrissant, rapide et rafraîchissant.
Le Littré de la Grand’Côte (1903), dictionnaire du parler lyonnais, définit d’ailleurs la socane comme une « trempotte de pain dans du vin sucré ».
La socane de mon enfance : une version au lait
Mais chez nous, les enfants n’avaient évidemment pas droit au vin.
Ma grand-mère préparait une version bien à elle de la socane des Monts du Lyonnais : du pain trempé dans du lait bien frais.
Rien de plus simple.
Et pourtant, quel bonheur !
Quand la chaleur de l’été devenait écrasante, cette socane au lait était incroyablement rafraîchissante. Il arrivait même que nous la mangions pour le goûter, le fameux quatre-heures.
C’était un moment simple, sans prétention, mais profondément réconfortant. Le goût des vacances à la campagne.

Souvenir d’enfance et canicule : quand la mémoire revient
Cette année, les épisodes de forte chaleur m’ont particulièrement marquée.
Comme beaucoup, j’ai eu moins d’appétit. Les repas devenaient plus légers, et je cherchais surtout de la fraîcheur.
Et sans vraiment savoir pourquoi, cette phrase est revenue :
« On va manger la socane. »
J’ai aussitôt revu ma grand-mère, son grand bol de lait, les morceaux de pain qui flottaient, la cuisine fraîche, les vacances dans les Monts du Lyonnais, et cette sensation d’insouciance totale.
J’ai presque eu envie de me refaire une socane, exactement comme autrefois.
Avec du lait.
Parce qu’au fond, ce n’était pas seulement une recette traditionnelle.
C’était un souvenir d’enfance.
La socane et le parler lyonnais : un patrimoine oublié
Ce qui me touche aujourd’hui, c’est que le mot socane est presque inconnu en dehors de certaines zones rurales du Rhône et des Monts du Lyonnais.

Il fait partie du patrimoine du parler lyonnais et du franco-provençal (arpitan), ces langues régionales qui ont longtemps rythmé la vie quotidienne des campagnes.
Autrefois, ces mots étaient transmis naturellement, de génération en génération. Aujourd’hui, ils disparaissent peu à peu.
En généalogie comme en histoire familiale, on cherche souvent des dates, des lieux et des actes.
Mais les mots, eux aussi, sont des traces précieuses du passé.
Ils racontent la vie quotidienne de nos ancêtres, leurs habitudes alimentaires, leurs expressions, leur manière de voir le monde.
Socane, Monts du Lyonnais et souvenirs de famille
Chaque famille possède ses propres traditions culinaires et ses expressions locales.
Dans les Monts du Lyonnais, la socane fait partie de ces petits trésors du quotidien qui relient les générations.
Peut-être que chez vous aussi, vos grands-parents utilisaient des mots ou des recettes aujourd’hui oubliés.
Ces souvenirs font partie de notre patrimoine familial autant que les photos anciennes ou les documents d’archives.
Conclusion : un simple mot, une mémoire entière
Alors si, un jour, quelqu’un vous dit encore :
« On va manger la socane ! »
Vous saurez qu’il ne s’agit pas seulement d’un bol de pain trempé.
C’est toute une enfance, un territoire — les Monts du Lyonnais — et une mémoire familiale qui reviennent à table.