Le bachat est un ancien abreuvoir en pierre que l'on retrouvait autrefois dans de nombreuses fermes des Monts du Lyonnais et de la Plaine du Forez. Utilisé pour abreuver les animaux ou pour les travaux agricoles, il fait aujourd'hui partie du patrimoine rural. Découvrons ensemble son histoire, son utilisation et les souvenirs qu'il évoque dans les familles de notre région.
Dans chaque famille, il existe des objets ou des pierres qui semblent avoir toujours été là.
Chez mes grands-parents, il y avait un bachat. 
Aussi loin que remontent mes souvenirs d'enfance, je l'ai toujours vu dans la cour de la ferme. Lorsque j'étais petite, il était rempli de fleurs. Pour moi, c'était simplement une jolie décoration rustique qui faisait partie du paysage familial. Je passais devant sans vraiment me poser de questions.
Et puis, comme souvent lorsque l'on s'intéresse à l'histoire de sa famille et à la généalogie, on finit par regarder autrement ce que l'on croyait connaître.
Ce vieux bachat avait une histoire.
Mais au fait, qu'est-ce qu'un bachat ?
Dans les Monts du Lyonnais et dans le Forez, un bachat désigne traditionnellement un abreuvoir ou une auge en pierre servant à recueillir l'eau d'une source.
Les animaux venaient y boire, mais les habitants pouvaient également y puiser de l'eau pour les besoins quotidiens. 
Par extension, le mot désigne également le bassin lui-même.
Autrefois, les anciens disaient naturellement :
« Va chercher de l'eau au bachat. »
ou encore :
« Les vaches boivent au bachat. »
Ce mot fait partie du patrimoine linguistique de notre région. On le retrouve d'ailleurs dans de nombreux lieux-dits des Monts du Lyonnais et du Forez, preuve de son importance dans la vie rurale d'autrefois.
Le terme appartient à une famille de mots régionaux comme bacha, bachat ou bachasse, qui désignent tous des réservoirs ou des auges alimentés par une source.
Le bachat de la ferme familiale
En discutant avec mes parents et en replongeant dans les souvenirs de famille, j'ai découvert que notre bachat n'avait pas toujours été un simple bac à fleurs.
Du temps de mon grand-père, il avait encore une véritable utilité à la ferme.
Il servait notamment à laver les topinambours destinés aux vaches.

Aujourd'hui, cette utilisation peut surprendre, mais autrefois le topinambour occupait une place importante dans l'alimentation du bétail. Avant d'être distribués aux animaux, les tubercules étaient nettoyés dans le bachat, où l'eau permettait d'éliminer la terre accumulée lors de la récolte.
J'imagine facilement mon grand-père penché au-dessus de cette pierre usée par les années, rinçant les topinambours avant de les apporter aux bêtes.
Encore plus loin dans le temps
Mais l'histoire du bachat familial remonte encore davantage.
À l'époque de mon arrière-grand-père, il remplissait sa fonction première : celle d'abreuvoir.
Les vaches venaient y boire quotidiennement. Alimenté par l'eau de la ferme, il faisait partie intégrante du travail agricole.

À une époque où l'eau courante n'existait pas encore partout, le bachat était un élément essentiel de la vie quotidienne.
Il servait aux animaux, mais aussi parfois aux habitants du hameau.
Combien de générations sont passées devant cette pierre ?
Combien de seaux ont été remplis ?
Combien de vaches y ont bu au fil des décennies ?
Ces questions resteront sans doute sans réponse, mais elles donnent une autre dimension à ce simple bassin de pierre.
Une pierre qui raconte l'histoire familiale
Ce qui me touche aujourd'hui, c'est de réaliser que ce bachat a traversé plusieurs générations de ma famille.
Mon arrière-grand-père l'utilisait pour abreuver les vaches.
Mon grand-père y lavait les topinambours destinés au bétail.
Puis il est devenu un bac à fleurs que j'ai connu enfant. 
À lui seul, il résume l'évolution de la ferme familiale et de la vie rurale dans les Monts du Lyonnais.
C'est aussi ce que j'aime dans la généalogie : découvrir que l'histoire de nos ancêtres ne se trouve pas uniquement dans les registres et les actes d'état civil. Elle se cache parfois dans les objets du quotidien, les vieux bâtiments, les outils oubliés... ou dans un simple bachat de pierre que l'on croise depuis toujours sans connaître son histoire.
Aujourd'hui encore, lorsque je regarde le bachat familial, je ne vois plus seulement une vieille pierre. 
J'y vois un petit morceau de la mémoire de ma famille et de celle des Monts du Lyonnais.