C'est souvent ainsi que commencent les plus belles découvertes généalogiques. On part à la recherche d'un acte d'état civil, d'une date ou d'un ancêtre, et l'on tombe sur un détail qui ouvre une porte sur tout un pan de l'histoire locale.
En recherchant l'acte de décès de mon Arrière arrière grand-père à Saint-Martin-en-Haut, dans les Monts du Lyonnais, vers 1900, j'ai remarqué les deux personnes qui avaient comparu pour déclarer son décès. La première était son frère. Rien de surprenant jusque-là. Mais la seconde personne était un voisin, et c'est surtout sa profession qui a attiré mon attention : veloutier.

Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout ce métier.
Dans ma famille, les professions que je rencontre le plus souvent dans les registres sont celles de cultivateur, journalier, propriétaire ou domestique agricole. Alors en découvrant ce mot, j'ai eu envie d'en savoir davantage. Mes recherches m'ont permis de découvrir un métier aujourd'hui disparu, mais qui a longtemps fait partie de la vie quotidienne dans les Monts du Lyonnais.
Un métier étroitement lié à Lyon
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les Monts du Lyonnais étaient fortement liés à l'industrie textile lyonnaise. Lyon était alors l'un des plus grands centres européens pour la fabrication de soieries, de velours et d'étoffes de luxe.
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, de nombreux ouvriers ne travaillaient pas dans des usines. Ils travaillaient chez eux, dans leur maison ou leur ferme.
C'était le cas des veloutiers.
Leur travail consistait à fabriquer du velours sur un métier à tisser. Les négociants lyonnais leur fournissaient les fils, les modèles à reproduire et parfois même le métier à tisser. Une fois le tissu réalisé, celui-ci repartait vers Lyon pour être terminé et commercialisé.
Un savoir-faire très technique
Le velours est bien plus complexe à fabriquer qu'un tissu ordinaire.
Pour obtenir cette surface douce et moelleuse caractéristique du velours, le tisserand devait créer une seconde couche de fils appelée « le poil ». Après le tissage, ces boucles étaient coupées avec une grande précision afin de former la texture veloutée.
Le travail demandait :
- une excellente vue ;
- beaucoup de patience ;
- une grande habileté manuelle ;
- une régularité parfaite.
La moindre erreur pouvait compromettre plusieurs mètres de tissu.
Le veloutier n'était donc pas un simple ouvrier. C'était un véritable artisan spécialisé.
Dans les fermes des Monts du Lyonnais
Ce qui m'a particulièrement intéressée, c'est que beaucoup de veloutiers étaient également cultivateurs.
Dans les villages comme Saint-Martin-en-Haut, Sainte Catherine, Pomeys ou Saint-Symphorien-sur-Coise, il n'était pas rare de trouver des familles qui partageaient leur temps entre les champs et le métier à tisser.
Pendant les beaux jours, on travaillait la terre, on s'occupait des bêtes et des récoltes.
L'hiver, lorsque les travaux agricoles ralentissaient, les longues journées étaient consacrées au tissage.
On pourrait presque parler de "paysans tisserands".
Cette activité complémentaire permettait d'apporter un revenu supplémentaire à des exploitations agricoles souvent modestes.
Le bruit du métier dans le hameau
J'aime imaginer la vie dans ces hameaux des Monts du Lyonnais vers 1900.
Dans une pièce de la maison, souvent bien éclairée, se dressait un imposant métier à tisser occupant parfois une grande partie de l'espace.
Le père travaillait au métier.
L'épouse préparait les fils ou remplissait les canettes.
Les enfants participaient parfois à certaines tâches simples.
Et dans le silence de l'hiver, on entendait résonner le claquement régulier du métier à tisser dans les maisons du village.
Aujourd'hui, ce bruit a disparu. Pourtant, pendant plusieurs générations, il a fait partie du paysage sonore des Monts du Lyonnais.
Une vie de travail
La vie d'un veloutier n'était pas de tout repos.
Les journées pouvaient être longues :
- soins aux animaux dès l'aube ;
- heures de tissage toute la journée ;
- entretien du métier le soir ;
- préparation des commandes.
Le travail était souvent payé à la pièce. Plus le veloutier produisait de tissu conforme aux exigences du négociant lyonnais, plus il était rémunéré.
Mais cette activité restait fragile. Les crises de l'industrie textile lyonnaise pouvaient avoir des conséquences directes jusque dans les fermes des Monts du Lyonnais.
Au début du XXe siècle, la mécanisation et les usines textiles commencèrent progressivement à remplacer le travail à domicile. Après la Première Guerre mondiale, ce mode de production déclina rapidement.
Une simple mention qui raconte une époque
Ce qui me fascine dans la généalogie, c'est qu'une simple ligne dans un acte peut faire revivre tout un monde disparu.
En lisant la profession de ce voisin veloutier venu déclarer le décès de mon arrière arrière grand-père, je ne m'attendais pas à découvrir une activité aussi importante dans l'histoire des Monts du Lyonnais.
Derrière ce mot oublié se cachent des hommes et des femmes qui partageaient leur temps entre les champs et les métiers à tisser, entre la vie rurale et la grande industrie lyonnaise.
Aujourd'hui, il ne reste souvent que quelques mentions dans les registres d'état civil pour témoigner de leur existence.
Mais grâce à ces archives, il est encore possible de retrouver la trace de ces artisans qui ont participé, à leur manière, à la renommée textile de la région lyonnaise.
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